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Mai. 2015

L’interview de Philippe Douillet, chargé de mission à l’ANACT

By Association ResPECT |   0 comments

ResPECT laisse la parole aux professionnels et experts de la santé et sécurité au travail. Pour ce 1er article, nous sommes allés interroger Philippe Douillet, chargé de mission à l’ANACT et auteur de l’ouvrage « Prévenir les risques psychosociaux : outils et méthodes pour réguler le travail« .

Vous pourrez le retrouver et lui poser toutes vos questions lors du congrès ResPECT 2015 qui se tiendra au siège de la MNT à Paris les 28 et 29 septembre 2015.

Philippe Douillet, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Philippe Douillet, je suis chargé de mission au département Etudes, Capitalisation et Prospective de l’ANACT, à Lyon. J’ai piloté pendant 7 ans le projet « prévention des risques psychosociaux », après avoir travaillé sur la prévention des TMS.

Je travaille actuellement sur divers sujets de prévention, qualité de vie au travail en particulier dans la fonction publique. Dans ce secteur, j’anime un projet national d’appui à des projets d’amélioration des conditions de travail qui implique tout le Réseau Anact-Aract dans les trois versants de la Fonction publique.

Quel est votre parcours ?

J’ai une formation de droit social au départ puis j’ai suivi, en cours d’activité, des formations supérieures en ergonomie et en psychologie du travail.

J’ai exercé comme inspecteur du travail au début de ma carrière pendant 13 ans, puis j’ai exercé des fonctions de formation en santé au travail, de conseil en particulier à l’international, pour le compte du BIT. J’ai animé aussi, pendant 3 ans, des sessions d’études pour les partenaires sociaux à l’INTFEP sur les questions du travail et d’emploi avant de rejoindre l’ANACT en 2000.

Qu’est-ce que l’ANACT ? Quel est votre rôle à l’ANACT ?

L’ANACT est un EPA sous tutelle du Ministère du Travail, géré paritairement par les organisations syndicales d’employeurs et de salariés reconnues comme représentatives au plan national ; le Réseau ANACT est composé de l’ANACT et de 26 ARACT, associations paritaires au niveau régional qui remplissent les mêmes missions au niveau local.

La mission du Réseau ANACT est d’accompagner les entreprises, les organisations privées et publiques dans des politiques d’amélioration des conditions de travail et de développement de la qualité de vie au travail. En relation avec les connaissances issues de la recherche, notre mission spécifique est d’intervenir dans les entreprises et organisations publiques pour expérimenter des actions valorisant les questions du travail, concevoir des organisations à la fois bonnes pour le développement des personnes et pour la performance ou la qualité des services rendus.

Dans nos interventions, nous ciblons particulièrement les problématiques de l’organisation du travail, des relations de travail, du management et des stratégies de ressources humaines. Toutes nos interventions s’appuient sur des méthodes participatives et visent à favoriser le dialogue social entre les acteurs des structures concernées. Notre mission consiste ensuite à diffuser largement des outils, méthodes, bonnes pratiques à destination de toutes les entreprises et organisations via des publications, colloques, formations et notre site. Notre préoccupation principale est finalement la prise en compte plus forte des questions du travail dans les stratégies des organisations privées ou publiques.

Pour vous, quels sont les enjeux majeurs en terme de santé et sécurité au travail dans le cadre de la réforme de la fonction publique et notamment territoriale ? Quels sont les grands axes d’action possibles ?

La fonction publique en général, et la fonction publique territoriale en particulier, connaît des changements de grande ampleur et qui s’étalent dans le temps.

Pour la FP territoriale, les contraintes se renforcent très fortement en ce moment : réduction importante des budgets, nouvelle organisation territoriale à installer, contraintes d’effectifs, contraintes liées au vieillissement des agents tout en gardant, voire augmentant les exigences de service au public.
Le contexte est donc difficile et les enjeux de santé au travail sont à porter dans cet environnement contradictoire.

Des facteurs de tensions « anciens » continuent par ailleurs à exister liés à de nombreux métiers soumis à des critères de pénibilité ou encore les difficultés de gestion liées à des confusions de niveaux de décision hiérarchique et politique.

Les questions de la santé au travail des agents vont donc être encore plus prégnantes dans les années à venir et les CHSCT en cours de développement auront un rôle capital à jouer. A condition toutefois qu’une culture de la prévention et de qualité de vie au travail se développe, bien au-delà d’une culture de préoccupation « sécurité au travail ». Il s’agit de prendre en compte le travail dans toutes ses dimensions, dans la réalité des activités vécues par les agents et pas seulement d’entrer par les risques ; il s’agit de travailler de manière plus collaborative à la transformation des organisations du travail. Cela nécessite de développer aujourd’hui particulièrement plusieurs axes : la formation des acteurs du CHSCT (représentants de la hiérarchie et élus) à une approche élargie des questions de santé au travail, le développement d’espaces d’expression des agents sur leur travail quotidien, le soutien à l’encadrement qui est particulièrement en situation de fragilité, de non-reconnaissance et de manque de marges de manoeuvre. Tout ceci n’est possible que s’il existe par ailleurs un dialogue social de qualité, ce qui est un objectif aussi à travailler particulièrement dans la fonction publique territoriale.

Vous voyez que les enjeux de santé débordent largement le périmètre des acteurs et des domaines « santé-sécurité au travail », mais il me semble que c’est une condition pour une vraie prise en compte du travail des agents dans les stratégies et le management des collectivités territoriales dans ces périodes de changement contraint.

Comment travaillez-vous au quotidien pour améliorer la qualité de vie au travail dans la fonction publique et au-delà ? Pouvez-vous donner des exemples de sujets/projets sur lesquels vous travaillez actuellement ?

Une convention nationale d’accompagnement des politiques d’amélioration des conditions de travail et de la qualité de vie au travail est en discussion au niveau global de la fonction publique ; mais de nombreuses collectivités territoriales (mairies, conseils généraux ou régionaux, centres de gestion) sont déjà actuellement aidées par les ARACT localement : beaucoup d’interventions sur le sujet des RPS évidemment (actions de sensibilisation, formation, diagnostics, appui à prise en compte des RPS dans le DU….) mais aussi appui à des négociations d’accord QVT, appui au fonctionnement des CHSCT, appui aux pratiques de management ou encore appui à des stratégies de prévention de la pénibilité dans les collèges par exemple.

Nos interventions prennent différentes formes et s’adaptent aux demandes locales. Au-delà de diagnostics de situations dégradées, nos interventions visent surtout à équiper les acteurs en termes d’analyse du travail, des « situations-problème », de développement d’outils et méthodes pour piloter des dispositifs de prévention et de qualité de vie au travail. Elle s’appuient sur des dispositifs de travail coopératifs entre de multiples acteurs (services de prévention, RH, secrétaires généraux, encadrement..) et aussi forcément sur une implication des partenaires sociaux dans un dialogue constructif autour des questions du travail. En ce sens, nos interventions portent autant sur le travail, les problèmes concrets qui y sont vécus que sur le renforcement de la capacités des acteurs à en parler et à élaborer eux-même les solutions pérennes adaptées à leur contexte. Nos actions visent largement à transmettre des capacités à faire. Dans ce sens, nous avons aussi développé un partenariat avec le CNFPT par un appui expert sur la conception de certains programmes de formation.

Compte tenu de nos capacités limitées d’intervention, le Réseau Anact-Aract peut aussi soutenir et animer des réseaux de consultants spécialisés en capacité d’intervenir dans les collectivités locales.

Vous interviendrez pour la 1re lors du congrès ResPECT de juin 2015, à votre avis quel est l’intérêt d’y participer pour des acteurs de la santé au travail ?

Il me semble que, plus que jamais, il n’y a pas de solution toute faite pour résoudre les questions complexes de santé au travail aujourd’hui, pour prendre en compte toutes les facettes des problèmes à traiter. Aussi, le soutien aux acteurs de terrain et surtout l’échange d’expériences sont des atouts majeurs pour équiper les acteurs dans leur conduite de projets et rechercher les solutions qui seront à adapter à chaque contexte local.

Un dernier mot pour nos lecteurs ?

Compte tenu des évolutions des populations d’agents, des réorganisations en cours et futures, la question de la qualité de vie au travail des agents devient une question incontournable pour pouvoir continuer à rendre un service de qualité, ce qui est de plus en plus attendu par les usagers, notamment au niveau de la proximité locale. Autrement dit, l’enjeu du bon positionnement de leurs projets pour les acteurs de ce congrès est capital.

Comment hisser la questions des conditions de travail au bon niveau de décision, n’est-ce pas la question essentielle à partager ?

Vous voulez en savoir plus ?

Vous pourrez retrouver Philippe Douillet lors du congrès ResPECT 2015 afin de poser toutes vos questions, les inscriptions sont accessibles depuis la page du congrès sur notre site.

Retrouvez également les ouvrages de Philippe Douillet via le site de l’ANACT

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